|| Fondation / Exposition collective || > Galerie Léonardo Agostini / du 16 mars au 1 mai 2013 / Sète >
Fondation / Exposition collective
VERNISSAGE / 15 MARS A PARTIR DE 18H
Jean Denant - Audrey Martin - Aymeric Ebrard - Estela Alliaud - Vincent Dulom - Jennifer Douzenel - Claire Chesnier - Marc Quer
Marc Quer - Rendre un peu du bonheur que j'ai reçu
Jean Denant
Audrey Martin

Aymeric Ebrard

Estela Alliaud
Au moyen de l’appareil photo, l’artiste plasticienne Estèla Alliaud dévoile ses installations éphémères en des clichés sobres et concis. L’échelle de leur réalisation, les matériaux qui les composent et les lieux où elles s’inscrivent transparaissent peu dans ces images, suscitant un sentiment d’incertitude.
Vincent Dulom
Les peintures de Vincent Dulom présentent, affleurant à peine la surface de leurs supports, des halos d’ombres plus ou moins colorées de forme sphérique dont la particularité est d’évoluer sous le regard du spectateur. Changeant de couleur quand on les fixe, elles peuvent depuis l’ombre se couvrir de leur propre lumière et disparaître. Comme apparitions, ces disparitions précipitent les regards qui s’en approchent vers un ailleurs insaisissable et les y perdent dans la contemplation.
Ce travail, qui part du reproductible (impressions numériques) est une démarche de restauration de l’aura de l’œuvre — laquelle ne se dévoile qu ‘en présence du regardeur.
On notera aussi que le mode d’accrochage est particulier, faisant sens avec le propos. Deux épingles et la peinture flotte, la toile, elle, vient se courber sur le mur, comme un linceul. «Faire une peinture sans limite à l’image de l’infini, impossible à définir ».
En quête du sublime cette peinture est toujours, avec l’économie des moyens qui la caractérise, à la mesure de l’Homme que construit ce travail, à travers de fugitives apparitions de lumière depuis l’ombre, effleurant en apparence la surface de supports eux-mêmes fragiles.
Jennifer Douzenel
Claire Chesnier
1 | Construire un récipient.
2 | Y mettre un liquide (de préférence de l’eau).
3 | Construire une pipelette ou compte-goutte.
4 | Prendre à l’aide de la pipelette ou du compte-goutte un peu d’encre.
5 | Laisser tomber une goutte de cette encre choisie dans le récipient.
6 | Prendre le récipient, le mettre à la lumière du jour.
7| Regarder.
Ce n’est pas un travail d’alchimiste mais de maçon ou de moine.
Le reste lui appartient…
© Jean-Michel Alberola | novembre 2011- texte de l’exposition Fragments d’une déposition, Galerie du jour agnès b., Paris, 2012.
in, catalogue Blank Generation, Salon de Montrouge, Ed. Particules, Paris, 2012. | catalogue Jeune Création, Ed. Jeune Création, Paris, 2012.

...Il n'y a pas un seul usage de l'atelier et celui-ci a évolué avec toutes les définitions récentes de l'art. Celui-ci peut être un refuge, une cellule de moine, un repaire, un espace d'archivages ou de stockage, une place attenante à l'espace domestique, un laboratoire, un bureau, un établi d'artisan, une petite entreprise, une PME et même le fameux atelier du XIXème siècle rempli d'accessoires théâtraux et proche du cabinet des curiosités. Quand on entre dans l'atelier de Marc Quer, garage situé dans une ruelle vide de l'Estaque, village et port adjacents à la ville, on se retrouve devant un tas confus dont peuvent être extraits des éléments pour des ensembles sculpturaux ou des installations. Le tas matriciel débordant et informe laisse le hasard organiser des rencontres et des associations. Tous ces objets, fripes, vieux fanzines, morceaux de carton, inscriptions rudimentaires constituent un lexique pour des phrases dont les modèles sont les étals de rue sous le pont du Cap-Pinède et autour du marché aux puces des Arnavaux. Beaucoup d'artistes sentent la pression d'un dehors qui les appellent sans cesse. Marc Quer qui dessine, photographie, sculpte, danse, invente des publications et des promenades, préfère être dehors. L'atelier lui permet d'accumuler les provisions avec lesquels improviser. Garder l'atelier, c'est se mettre en demeure de passer à l'acte avec tout ce que ça suppose comme ennui et angoisse pour les obsédés de la réalisation. L'atelier, lieu de gestation et parfois de macération, n'est pas toujours un espace agréable. C'est aussi le lieu du doute et du manque de recul. Il est dans le meilleur des cas organisé comme une machine quand la production est bien huilée, mais sa fonctionnalité appartient à chaque artiste, ce qui en fait en même temps une sorte de tanière pour animal en hibernation prolongée.
Si l'ancien atelier dans sa version classique n'est plus pour la plupart des artistes le lieu où tout se joue, c'est parce qu'après la révolution picturale du plein air, le désir de se confronter à une réalité incarnée par la ville en générale, non pas dans sa représentation mais dans son rythme de vie et sa culture, les a poussés dehors. Quand la vie quotidienne est devenue l'espace d'investigation et le tremplin, l'atelier a pris moins d'importance. Il est devenu le lieu du rassemblement mais plus tout à fait celui de la recherche. Pour Marc Quer, il est plus important de saisir un rapport de formes et de matériaux dans la rue - rapport qu'il va traduire et mettre en place dans son dépôts - que d'affronter le silence de l'atelier. C'est dans l'instantanéité du regard, dans la restitution du coup d'oeil qu'il tire une sentimentalité acide de choses pauvres mais propices à la rémanence. Il semble que plus ses moyens sont dérisoires et plus leur charge émotionnelle est claire. Il sait que ses matériaux comptent un nombre suffisant d'indices et que leur métonymie rebâtit un environnement populaire rempli de voix et d'inscriptions. Cet environnement, ce serait celui de n'importe quel sous-prolétariat de la planète. Il n'y a pas là de folklore, juste une façon de favoriser une rencontre visuelle ou langagière. Le modèle, ce peut être le geste des métiers, celui du manoeuvre plutôt que du maçon. Ce peut être aussi les marchés du dimanche de la Porte-d'Aix ou de la rue Longue où on étale au sol un mouchoir puis pose une montre brisée et une paire de chaussettes, plus pour la discussion que pour une vente de deux sous. Cette conversation par écrits interposés - affichettes où chacun cherche son chat, tapisseries hirsutes formées par un feuilletage d'adresses et numéros de téléphone - sèment sur les murs un jeu de pistes amorçant une rencontre. Les pièces de Marc Quer contiennent souvent un appel au lien ou font état d'un lien qui se défait. Elles sont remplies de rumeurs. Elles sont des invites à jouer avec la ville. Elles répondent au désir de laisser un signe, inscrire, mar(c)quer.
Il y aurait autre chose qui serait le pari du vernaculaire. Marc Quer a vécu son enfance à La Bricarde, une cité au-dessus de l'Estaque. Il possède sur le bout des doigts le répertoire des comportements de la plupart des gens des quartiers. A partir de ses observations, en satiriste bienveillant, le plus en empathie, il tire un type de ces gens et en instaure les lignes et la définition. Ce personnage dont il est aussi le modèle, acteur et moqueur furieux de ses mésaventures et de ses déboires, ce serait le méditerranéen confronté à la confusion de ses sentiments, une rudesse machiste cachant un coeur d'écorché et jouant avec le pathétique de ses contradictions. L'artiste organise la surenchère d'un personnage identifiable du premier coup d'oeil tellement il caractérise le local. Il n'y a pas un mot écrit, pas un objet ni un assemblage de Quer qui n'évoque pas ce type, qui ne soit pas reconductible à sa manière d'être. L'autoportrait de l'auteur et acteur et son autobiographie se dessinent derrière ses réalisations même les plus sculpturales - les installations de parpaings ou les fragments de chantier -. Il n'est pas un moi, encore moins un ego, il est plutôt le dénominateur commun issu d'une géographie, de circonstances socio-culturelles et de particularités langagières. A travers ce type, Marc Quer nous montre une ville collant aux symptômes et y répondant par l'affect. Ici, face à n'importe quel événement, c'est le corps entier de la ville qui réagit sans recul. L'artiste place son vocabulaire de façon à ce qu'il résonne avec le collectif. Il en condense la mythologie. Ce mode de placement local, hauteur de ton et d'inflexions d'une langue densifiée par une économie rigoureuse, est hissé à la hauteur de ce que Baudelaire nommait avec admiration le poncif. Ce vernaculaire reconstruit est immédiatement traduisible et perceptible dans n'importe quelle autre langue. Une publication récente réalisée avec les Editions P de Denis Prisset, intitulée Monsieur Drame, où toute une série de courriels signifiant des ruptures amoureuses plus ou moins navrantes avoisine des images en noir et blanc de portes d'hôtels de passe couverts de graffitis, exemplifie bien la constitution de ce personnage à l'affect attendrissant et catastrophique. ...
Frédéric Valabrègue, 2011 (extrait)
Fondation / Exposition collective
du 16 mars au 1 mai 2013
+ 33 (0)4 30 41 38 26