|| EXPOS || > "NUIT MAGIQUE de Didier Marcel" - au MRAC / Sérignan - jusqu'au 12 juin 2011

Publié le par cest-a-sete

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NUIT MAGIQUE (1)

 

       « Tout baigne (2) » dans une ambiance lumière noire, dix champignons d’un blanc irradiant se
perdent dans la longueur infinie du lieu, Sérignan est dans la place. Tout autant que sa fascinante
forme générique et son aspect surnaturel, c’est sa croissance nocturne éclair, telle une apparition,
qui nous occuperont. Mais paradoxalement, par une suite d’analogies le champignon aura mis
vingt cinq années pour surgir au musée à Sérignan dans le projet « nuit magique ».
Tout commence par une fixation en 1986 sur la lampe éditée par Artemide, Onfale Tavolo,
réalisée en 1978 par Luciano Vitosi en verre soufflé opalin de Murano ourlé de cristal transparent.
À défaut de l’acquérir, son souvenir obsédant donne lieu en 1990 à une petite pièce disparue
depuis où un croquis bâclé de cet objet est imprimé en sérigraphie sur un moulage en plâtre d’un
carton d’emballage laqué "carrosserie", couleur rose corail. Dans le registre des images, on
croisera une première fois la neige en 2004, sans raison apparente, dans une série de deux
posters éditée à cent exemplaires par la Salle de bain à Lyon.
Du graphisme minimal pour amateur à partir de deux photos à ranger dans la même catégorie
puisqu’il s’agit sur l’une d’elles de superposer les traces des skieurs par des lignes de pointillés
blancs. Sur l’autre d’une focale plus rapprochée, ce sont des petits cercles blancs redoublés par
une ombre portée fragile qui sont apposés sur une vue d’un sol moutonné par une neige
poudreuse.


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Didier Marcel, Sommes-nous l’élégance, 2010, Arc, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, Photo Pierre Antoine

 
Lorsqu’en 2005, la Fondation Ricard demande à Didier Marcel de créer un événement à double

détente: l’inauguration du Bal Jaune et la Nuit Blanche, l’image du champignon s’incarne par
surprise dans la structure gonflée, fragile et éphémère, emblématique d’un émerveillement où
l’enveloppement du paysage, arrondi et adouci, permet de plonger dans une extase qu’il associe à
d’autres. Celle de la neige, du toucher soyeux, duveteux, cotonneux, des sons de craquements et
de crissements. L’image, comme souvent dans la pratique de l’artiste, s’impose, éblouissante,
instantanée, comme un flash, jusqu’à faire surgir du bitume et exploser sur la Place du Palais
Royal une dizaine de champignons en plastique gonflable, signaux lumineux en même temps
qu’éclairage public, annonçant l’ouverture de la soirée, invitant à prendre le chemin de la boîte de
nuit. L’humour dans ce projet confronte les deux termes, Palais Royal et champignon de Paris, l’un
attirant l’autre, dans un processus iconoclaste et irrespectueux qui renvoie culture et patrimoine à
un champignon commun, quasi domestique, adapté au milieu urbain.
Le gonflable est issu d’un autre projet (Maquette, 2004), d’une autre réponse à l’humour aussi
virulent qui voit Didier Marcel installer des arbres gonflables, un paysage de camping, dans le parc
d’une immense fondation de Taïwan, un type de Disneyland encombré de gigantesques sculptures
monumentales. La seule parade possible sur le terrain est de détourner et d’adapter le savoir-faire
de l’architecte en y plantant les arbres bien ordonnés qui garnissent les maquettes blanches
cadrant le paysage à leur échelle.
Le souffle et l’air sont capturés et enfermés, grâce à des soudures étanches, sans bruit. Le halo de
la lumière irradie ces énormes formes blanches joufflues, nommées aussi boules de neige. Ici les
champignons, de l’espèce la plus cheap, prennent leurs quartiers d’hiver, recouverts d’un fin voile
lacté, effet chic et raffiné, venant manger toute la lumière pour mieux la diffuser. Tout en se
pluggant telle une étrange famille de Télétubbies dispersée dans la nuit sidérale la sculpture fait
basculer le lieu à son échelle jusqu’au vertige visuel produit à la fois par la sensation de
domination à proximité des objets d’une hauteur de plus de deux mètres et par le flottement lié à
la dispersion à travers les quarante mètres de longueur de la salle.
Là se joue une histoire d’apesanteur hallucinée, réservée au mode nuit, en attente d’autres
atterrissages potentiels. Mais l’essentiel est ici, au creux d’une nuit magique qui voit la naissance
pour la première fois de ces sculptures. Le night-club, déserté par la musique, est dépassé par la
simplicité impeccable de la proposition, imperturbable. La lumière ne balise et ne balaye qu’une
zone rythmée par cette partition ondulatoire d’un blanc immatériel, et au-delà des impacts tout
reste sombre hors de portée sinon à développer les échos, les rêves et les fantasmes de toutes les
projections paysagères possibles. »

 

Lise Guéhenneux et Didier Marcel
(1) Catherine Lara, 1986
(2) Ménélik, 1995

 

  Autres expositions en cours :   Géographies du dessin - Hétérothopie


 

Musée Régional d'Art Contemporain Languedoc-Roussillon
146 avenue de la Plage
BP 4
34410 Sérignan
Tél: 04 67 32 33 05
Fax: 04 67 76 99 09

museedartcontemporain@cr-languedocroussillon.fr

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Ouvert du mardi au vendredi de 10h à 18h, le week-end de 13h à 18h
Fermé le lundi et les jours fériés

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5 € tarif normal
3 € tarif réduit : groupe de plus de 10 personnes, étudiants
Gratuité : Étudiants en art et architecture, moins de 18 ans, journalistes, demandeurs d’emploi,
bénéficiaires du RMI, membres de l’ICOM

 



 

 

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